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En dépit de son apparence, la posidonie n’est pas une algue mais une plante aux longues feuilles en forme de ruban qui fleurit dans les océans.

Les herbiers de posidonie : forêts sous-marines aux mille vertus

Il y a 70 à 100 millions d'années, les plantes terrestres à fleurs ont colonisé le fond de l'océan, conduisant à l'émergence d'un écosystème marin remarquable, offrant des services sans équivalent à l’échelle de la planète. 

La posidonie a surmonté tous les extrêmes climatologiques depuis le temps des dinosaures. Mais résistera-t-elle à l'Homme moderne ?

Les herbiers de posidonie, un refuge pour la biodiversité marine

La posidonie doit son nom à Poséidon, dieu de la mer dans la mythologie grecque. On l’appelle aussi « herbe de Neptune », nom latin de Poséidon, qui l’avait offerte aux humains. Elle possède des racines, qui lui permettent d’absorber les nutriments dont elle a besoin pour se nourrir et se reproduit essentiellement par clonage, mais aussi grâce aux fruits qu’elle fabrique, semblables à des olives vertes. Si elle pousse très lentement (1 cm par an), elle peut vivre jusqu’à plusieurs milliers d’années. 

Les herbiers de posidonie fournissent un habitat essentiel à diverses espèces marines. Ils sont non seulement un lieu de vie et d'alimentation pour de nombreux poissons, mais aussi une frayère (lieu de ponte) et une nurserie (refuge des juvéniles) importantes. Ses peuplements, qui ressemblent à des prairies, sont en réalité des forêts. L’écosystème de la posidonie rend des services écologiques essentiels, tels que la séquestration durable de carbone, la protection des plages contre l'érosion où elle s'accumule en banquettes, le rôle de frayère, etc. La valeur monétaire à l'hectare de l'écosystème posidonie dépasserait largement celle des récifs coralliens et de la forêt amazonienne.

10%

La surface des herbiers a diminué de 10% sur les 100 dernières années en France et même de 30% en cinq ans dans certaines baies très fréquentées par les grands yachts. 

Cartographie incomplète

Sur la carte de la Méditerranée, la Posidonie ressemble à un fin ruban vert qui habille une grande partie des côtes. Elle est visible du ciel et a été photographiée par Thomas Pesquet depuis la Station Spatiale Internationale. 2 millions d’hectares de posidonie ont pour l’instant été répertoriés sur l’ensemble de la Méditerranée, dont 80 000 hectares recensés en Méditerranée française. Mais il manque encore de nombreuses données en provenance de plusieurs pays. Le plus grand herbier de Méditerranée identifié à ce jour se trouve en Tunisie.

Souffle de vie

Comme les forêts terrestres, ces forêts marines fabriquent de l’oxygène. 1m2 de posidonie dégage jusqu’à 14 litres d’oxygène par jour. Les herbiers capturent aussi le carbone (CO2) libéré par les activités humaines. L’herbier de Posidonie apparaît comme le champion mondial en termes de quantité de carbone organique stocké à l’hectare: dans ses sédiments et sa matte, il séquestre jusqu’à 5 à 8 fois plus qu’une forêt tropicale ! 20 à 25 % du carbone fixé sont piégés dans l'herbier pendant des milliers d'années… 

Des super-pouvoirs

Les herbiers de posidonie jouent également un rôle de stabilisation des fonds marins, ce qui permet d’avoir des eaux limpides et claires. En Méditerranée, ils servent aussi d’habitat à plus de 50 espèces de poissons et de lieu de reproduction pour plus de 400 espèces végétales et 1 000 espèces animales. Même “morte”, la posidonie reste utile. Ses feuilles rejetées sur le littoral, forment des “banquettes” qui protègent les rivages de l’érosion et sont un lieu de vie et de nourrissage à de nombreuses espèces terrestres. C’est pour cela que l’on ne doit jamais les ramasser sur la plage.

Croissance lente

Posidonia oceanica ne pousse que de quelques centimètres par an, soit à peine un mètre par siècle, et ne fleurit que tous les quatre ou six ans. L'âge de certains herbiers de posidonie a été estimé à 80 000 ans, ce qui en fait le plus vieil organisme vivant de la planète. La destruction d’un mètre carré d’herbier sous-marin par l’ancre d'un gros bateau est une cicatrice que la nature mettra plusieurs décennies à guérir.

Emblème de Méditerranée

La Posidonia oceanica caractérise la Méditerranée sous-marine. Endémique de la Grande bleue, cela signifie qu’on ne la retrouve nulle part ailleurs. Ce trésor écologique, comparable aux récifs coralliens ou aux forêts tropicales, est aujourd’hui menacé. Protégée depuis 1988, le déclin de l’espèce continue de s’accélérer.

Caractéristiques
  • Nom scientifique

    Posidonia oceanica

  • Répartition / Habitat

    Mer Méditerranée. Les herbiers de posidonie poussent sur les fonds marins sablonneux ou rocheux peu profonds (jusqu’à 40 mètres).

  • Taille

    La posidonie est une plante à fleurs qui est formée de longues feuilles (de 20 à 100 cm de long, pour 6 à 10 mm de large).  Son fruit ressemble à une olive verte.

  • Régime alimentaire

    En prélevant les nutriments (azote, phosphore, CO2…) présents dans l’eau ou dans les sédiments et grâce à la lumière du soleil (énergie), la posidonie produit sa propre matière organique (autotrophie) et peut donc croître et se reproduire.

  • Statut

    Vulnérable - Annexe I directive Habitats. 
    C’est aussi une espèce protégée depuis 1988 en France et un habitat d’intérêt communautaire.

Que fait le WWF pour la posidonie ?

Le WWF contribue à la protection de la Posidonie dans plusieurs pays méditerranéens (France, Grèce, Tunisie, Turquie), à travers l’initiative Blue Forest. Ce projet a notamment pour vocation de déployer des réglementations adaptées aux navires de plaisance dans les pays qui n’en sont pas encore pourvus et de mettre en place localement des projets pilotes de démonstration pour préserver les herbiers sous-marins. Le projet Penelope, quant à lui, permet de promouvoir une pêche durable en Tunisie et de protéger l’herbier des effets du chalutage.   

Nos projets

Mouillage organisé

En France, le WWF s’efforce de promouvoir le mouillage organisé en collaboration avec ses partenaires publics, comme la Préfecture Maritime, la Direction Interrégionale de la Mer, l’Office français de la Biodiversité, l’Agence de l’Eau et les aires marines protégées de Méditerranée française. Il s’agit notamment de favoriser la mise en place de zones de mouillages et d’équipements légers (ZMEL) dans certaines communes littorales, soit des zones dans lesquelles l'ancrage est interdit afin de préserver les habitats sous-marins. Des bouées d'amarrage y sont en revanche installées, pour permettre d'accueillir les bateaux de plaisanciers ou de plongée, sans abîmer les prairies marines.  

Depuis 2020, les navires de plus de 24 mètres de long n’ont plus le droit de jeter l’ancre dans l’herbier de Posidonie. Ils ne peuvent s'amarrer que sur des coffres d’amarrage ou dans des zones bien précises, clairement identifiées, au sein desquelles il n’y a pas de risque pour les posidonies et autres plantes marines. Le WWF se mobilise désormais pour limiter l’impact des navires de moins de 24 mètres, qui représentent 95% des plaisanciers en Méditerranée.   

Impact du passage de l'ancre d'un bateau dans les herbiers de posidonie.

Posidonie de Méditerranée (Posidonia oceanica)
Nos projets

Gestion durable

Nous soutenons également les communes côtières dans la mise en place d’une gestion durable de la bande littorale dite “des 300 mètres” où de nombreuses activités (baignade, paddle, planche à voile, kitesurf, bodyboard, kayak, bateaux voile et à moteurs,..) cohabitent avec des écosystèmes marins sensibles, tels que l’herbier de Posidonie. L’identification des enjeux permet de mieux concilier les usages et de faciliter l’adoption de mesures, telles que l’interdiction de la navigation à moteur dans les zones de baignade, l’interdiction d’ancrage dans les zones d’herbier ou encore la mise en place de systèmes de moindre impacts sous les bouées jaunes qui matérialisent la zone des “300 mètres”.

La surface des herbiers a diminué de 10% sur les 100 dernières années en France et de plus de 30% dans l’ensemble du bassin méditerranéen.

Nos projets

Sensibilisation

Nous menons aussi des actions de sensibilisation pour faire connaître les fonctions essentielles de la Posidonie et inciter à la protéger. En effet, ces herbiers marins sont méconnus du grand public qui, dès lors qu’il prendra conscience du rôle indispensable de cet écosystème, sera plus enclin à le préserver. En parallèle, nous mobilisons les entreprises de la plaisance, les constructeurs, les loueurs, les équipementiers et les plaisanciers, car leur activité est intimement liée aux impacts de l’ancrage sur la posidonie.

Le WWF soutient DONIA® et NAV&CO, des applications de navigation et d’aide à l’ancrage en mer sans impact. Gratuitement téléchargeables, elle permettent à tout plaisancier, pêcheur, plongeur ou capitaine de yacht de se positionner par rapport à la nature des fonds et d’ancrer en dehors des écosystèmes sensibles (herbiers sous-marins, récifs coralligènes), dans le respect de la loi.

D’ici 2030, le WWF France appelle à atteindre une protection totale de la Posidonie (vivante et morte). Le WWF-France fait partie de l’Alliance Posidonie et du Mediterranean Posidonia Network, des collectifs d’acteurs des secteurs public et privé qui travaillent depuis maintenant de nombreuses années à préserver ce bien commun qu'est la Posidonie.

 

Le voilier du WWF, le Blue Panda, accueille des scolaires pour des activités de sensibilisation.

Blue Panda - enfants

Depuis 2020, les navires de plus de 24 mètres de long n’ont plus le droit de jeter l’ancre dans l’herbier de Posidonie.

URL de Vidéo distante
Effet panda

Ressusciter les forêts sous-marines

Au Royaume-Uni et en France, nous redonnons vie aux forêts sous-marines. Replanter ou protéger des herbiers sous-marins, c’est semer l’espoir tout autour, tant ces écosystèmes sont précieux pour la vie aquatique et la lutte contre le changement climatique.